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La réforme de l’éducation au Québec - Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir!

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Après avoir pris connaissance des résultats de la recherche que le MÉLS avait confiée au chercheur Simon Larose de l’Université Laval [1] dont le mandat était de mesurer les effets du renouveau pédagogique chez les élèves du secondaire, je souhaite partager avec vous ma réflexion sur les possibles causes pouvant expliquer les dérapages qui se sont produits dans la mise en place de la réforme au Québec. D’entrée de jeu, je tiens à préciser que je ne conteste pas la fiabilité de cette recherche. Mais des mises au point s’imposent dans un contexte où certains médias en arrivent à conclure que cette réforme est un désastre.

Nul doute que les fondements de la réforme étaient excellents. Mais c’est dans son application qu’il y a eu problème.

On a constaté :

  • Une énorme résistance syndicale ;
  • Très peu d’encadrement dans la formation des enseignants;
  • Une certaine méconnaissance du Programme de formation;
  • Une résistance au changement proprement dit.

Résultat : les enseignants, étant mal ou peu formés, ont appliqué les principes et les méthodes de la réforme en fonction, très souvent, de ce qu’ils en comprenaient, sans toutefois recevoir l’accompagnement nécessaire. Les enseignants du secondaire avaient entendu dire toutes sortes de choses au sujet de cette réforme et appréhendaient sa venue. Et ce fut dans la confusion et la désillusion la plus complète que tout cela s’est réalisé. Dans ce contexte, les résultats de cette recherche ne sont pas surprenants.

On croit à tort, qu’avec le Programme de formation de l’école québécoise [2], on n’enseigne plus les connaissances.  

On entend souvent dire qu’on fait beaucoup de projets et du développement de compétences en laissant tomber les connaissances.

Ce qui est faux

1. Une compétence ne peut se développer à vide, c’est-à-dire sans connaissances.

2. Les enseignants ont actuellement un fabuleux outil (conçu en 2009) : « La progression des apprentissages »[3]. Grâce à cet outil pédagogique, les enseignants savent exactement les connaissances à enseigner par niveau et peuvent suivre l’acquisition des connaissances de leurs élèves d’un niveau à l’autre.

Cliquez ici pour un exemple de progression des apprentissages (Primaire)

Cliquez ici pour un exemple de progression des apprentissages (Secondaire)

On parle bel et bien « des contenus à enseigner systématiquement ».

Tant au primaire qu’au secondaire, cette progression des apprentissages a été développée dans toutes les disciplines. Et le contenu est très imposant. Les enseignants ont tous les éléments nécessaires pour donner une solide formation de base et une bonne culture générale aux élèves.

Dans le document ministériel VIRAGE (1999) intitulé « Orientation pour la formation continue du personnel enseignant », il y avait le sous-titre suivant « Choisir plutôt que subir le changement »[4] Dans l’avant-propos, on mentionnait «  Dans la réforme de l’éducation, on reconnaît que la formation des enseignants est un élément essentiel au virage du succès ». Pourtant, la formation des enseignants n’a été ni adéquate, ni suffisante.

Personnellement, je crois qu’il devrait y avoir une formation obligatoire de tous les enseignants au regard de cet outil qu’est « La progression des apprentissages ». Ainsi les résultats seraient nettement meilleurs et on cesserait enfin de dire que les élèves n’acquièrent plus de connaissances.

Peut-être que les premiers résultats de la réforme laissent à désirer, qu’il y a eu quelques dérapages, mais il est loin d’être trop tard pour réagir et rectifier le tir!

Article connexe d'Éducation Canada

Les résultats de l'implantation de la réforme québécoise d'éducation [5]


[1] http://www.mels.gouv.qc.ca/references/publications/resultats-de-la-recherche/detail/article/renouveau-pedagogique-au-secondaire-rapport-devaluation/ 

[2] http://www1.mels.gouv.qc.ca/sections/programmeFormation/

[3] http://www.mels.gouv.qc.ca/enseignants/programmes-detudes/

[4] http://www.mels.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/reseau/formation_titularisation/ChoisiPlutotQueSubirChangementOrienFormContinuePersEns_f.pdf

[5] http://www.cea-ace.ca/fr/education-canada/article/les-r%C3%A9sultats-de-l%E2%80%99implantation-de-la-r%C3%A9forme-qu%C3%A9b%C3%A9coise-d%E2%80%99%C3%A9ducation

                             

                                                                                        5 février 2015

Réformer la réforme? Déformer la réforme? Renouveler le renouveau?

Depuis près de 40 ans j’œuvre en éducation au Québec. J’ai été enseignant, directeur d’école au primaire et au secondaire, cadre de commission scolaire dans les services éducatifs, prêté au MELS durant trois années pour travailler au perfectionnement des cadres scolaires, chargé de cours auprès des directions d’école et des conseillers pédagogiques inscrits à la maîtrise en administration scolaire et formateur-accompagnateur de directions d’école publiques et privées à titre de consultant privé depuis ma retraite en 2010.

À lire et à entendre tout ce qui et s’écrit se dit depuis la parution du rapport final du projet ÉRES je ne peux m’empêcher de réfléchir tout haut en espérant apporter un regard assez large, à la fois sur les tenants et aboutissants de l’enquête, mais aussi sur les leçons que l’on pourrait tirer de toute cette aventure pour améliorer l’éducation de nos jeunes, ce qui devrait être le point de rencontre ultime de tous les intervenants concernés.

D’abord le rapport Éres :

Premièrement, vouloir évaluer un changement aussi important sur seulement une ou deux années, c’est plutôt « injuste » tant pour les concepteurs du programme que pour les professionnels qui devaient se l’approprier et modifier leurs pratiques pédagogiques. Rappelons que plusieurs centaines de professionnels et d’enseignants y ont participé et non pas quelques « pelleteux de nuages » du MELS comme on l’a trop souvent laissé entendre. Les auteurs du rapport eux-mêmes abordent le sujet dans la rubrique limites méthodologiques « Même s’Il faut se donner du temps pour voir les effets d’une réforme… »

Deuxièmement, comme le dit le titre du rapport, il s’agit de « perceptions ». De plus, il s’agit de celles de parents et de jeunes et on n’y retrouve ni les avis des enseignants ni des directions d’établissement ni des services éducatifs des commissions scolaires. Et si les jeunes et les parents ont été un tant soit peu perméables au discours syndical et médiatique trop souvent exagérément acerbe, leur « perception » a fort bien pu en être teintée.

 

 

 

Troisièmement, comme le rapport ne comporte aucune donnée sur les établissements ni les enseignants concernés, on a aucune idée précise des pratiques pédagogiques auxquelles ont été exposés les jeunes en question. S’agissait-il majoritairement de pratiques pédagogiques « renouvelées » et propices à l’application du Renouveau ou encore des pratiques « traditionnelles » peu appropriées au nouveau Programme?

 

Mes réflexions :

D’abord, comme la présentation du nouveau Programme de formation de l’école québécoise, a été pour le moins précipitée, j’aurais envie de dire « garrochée » et que le soutien au développement professionnel des enseignants a été nettement insuffisant, pas étonnant que trop  d’enseignants de ces premières cohortes n’aient pas eu les outils et les compétences pédagogiques qu’exigeait la mise en œuvre de ce Renouveau. D’ailleurs ici encore les auteurs du rapport soulignent que  « Enfin, il est possible que les enseignants n’aient pas reçu tout le soutien pédagogique ni le matériel nécessaires à une appropriation réussie des nouveaux cours du RP, ce qui a pu ébranler leur sentiment d’efficacité en classe et, indirectement, la qualité de leur gestion de classe. » Je crois ici qu’il faut questionner tant la capacité des commissions scolaires et des écoles à offrir le soutien aux enseignants que la volonté de plusieurs enseignants de s’inscrire dans un plan de développement professionnel continu.

Ensuite, en ce qui concerne la réussite des garçons et des élèves à risque qui ne semble pas au rendez-vous, permettez-moi de souligner que certaines commissions scolaires (j’espère qu’elles se manifesteront) ont connu durant ces années et les suivantes des hausses significatives voire spectaculaires de la qualification et la diplomation des jeunes justement par l’application du Renouveau et non en lui tournant le dos. Tout ceci grâce aux efforts conjoints d’enseignants, de directions d’école ainsi que des services éducatifs, de la direction générale et du conseil des commissaires de ces commissions scolaires.

De plus, j’ai bien hâte que l’on cesse toutes ces guerres de clochers et que l’on s’attelle tous et toutes à la réussite des jeunes si importante aujourd’hui. Rappelons que si en 1976 les jeunes non-diplômés avaient accès à environ 25% des emplois au Canada dans le secteur manufacturier, les possibilités d’emploi ont chuté à moins de 10% en 2005 et probablement à moins encore en 2015. Faire réussir les jeunes, surtout ceux qui « sans nous » échoueraient, voici le mantra que je souhaiterais que tous les intervenants partagent à l’avenir. Au départ ce sont les jeunes qui en bénéficieraient mais éventuellement c’est tout le Québec qui serait gagnant.

Enfin, puisqu’en éducation l’erreur doit être davantage perçue comme un moyen de faire de nouveaux apprentissages plutôt que comme une sentence d’échec, j’aimerais proposer la leçon suivante. Peut-on arrêter de vouloir faire évoluer le système éducatif à coup de « réformes miracles » et voir dorénavant l’éducation, comme les autres sphères de l’activité humaine au 21e siècle, c’est-à-dire comme un système sans cesse engagé dans un processus d’amélioration continue qui tiendra compte de l’évolution de la société et des avancées de la recherche et dont l’ingrédient principal est le développement professionnel continu et collaboratif de tous les acteurs.

 

Yves Boucher

Consultant en gestion de l’éducation

yves.boucher1647@videotron.ca

Cher M. Boucher, Je trouve

Cher M. Boucher,

Je trouve votre réflexion très pertinente et intéressante. Merci !

Vous avez raison de parler des limites de la recherche Éres, raison aussi de mentionner qu’il y a eu beaucoup de perfectionnement pour les cadres scolaires, les directions d’école et les conseillers pédagogiques. Il est vrai également de dire que les commissions scolaires et le MÉLS ont déployé beaucoup d’énergie et d’efforts pendant 15 ans pour la formation du personnel scolaire.

Le problème, à mon avis, est que ce même perfectionnement ne se rendait malheureusement pas ou très peu jusqu’aux enseignants, notamment dans les écoles publiques. Or, la vraie réforme se passe dans la salle de classe.

Bien qu’il y ait eu des équipes-écoles motivées et très engagées dans la réforme, qu’une formation très structurée ait été offerte au personnel scolaire par les conseillers pédagogiques, la plupart des milieux ont trop souvent manifesté beaucoup de résistance au perfectionnement proposé par les commissions scolaires. Nombreux sont les conseillers pédagogiques qui ont déploré cette situation. Il arrive parfois que des conseillers pédagogiques accompagnent les enseignants « volontaires ». Dans ces cas-là, la réussite est convaincante. Mais la résistance syndicale, du début à la fin de l’implantation de la réforme, était telle que les enseignants qui suivaient les formations proposées par leur direction d’école, le faisaient uniquement lorsqu’ils y étaient obligés, durant les journées pédagogiques. Et le transfert des apprentissages n’était pas toujours au rendez-vous en classe…

On questionne peu l’utilisation des journées pédagogiques conçues, à l’origine, pour la formation continue du personnel scolaire. Trop souvent, les journées pédagogiques sont utilisées pour des réunions avec la direction, de la préparation de classe, de la correction de travaux d’élèves, des échanges informels entre enseignants ou pour faire les bulletins. Il est vrai que les enseignants ont une lourde tâche. Ils réclament d’utiliser ces journées pour effectuer du travail personnel. Cela laisse peu de place à la formation. Mais, est-ce suffisant ? Rejoint-on tous les enseignants ? J’en doute. Car ce n’est certainement pas avec 1 ou 2 journées pédagogiques par année consacrées à la formation (sans suivi en classe) que nous pouvons espérer des résultats probants à l’implantation de la réforme. Or, ces journées pédagogiques représentent pourtant l’occasion idéale pour former leurs enseignants.